C’est dommage. On l’aimait bien. Quand tu lis un livre, tu mets tes personnages en scène, tu t’appropries les lieux, tu brodes les pages, tu pleures dedans. Tu te fais une idée, c’est ta propre une histoire parce que mine de rien, tu te retrouves dans quelques passages que tu soulignes. Puis Anna, c’est une amie de longue date. Tu avais déjà lu ses nouvelles « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », au moins parce que le titre te libérait de toute solitude. C’était parfait.
T’avais même été au cinéma voir Guillaume Canet faire le beau Franck que tu priais tout le long du bouquin de tomber amoureux. T’adorais les répliques, t’adorais qu’on tue le cochon et le film collait pas mal.
Tu l’as même regardé il y a deux semaines sur TF1 quand il a été rediffusé.
Et puis, tu t’es jeté sur la nouvelle. Je l’aimais, le film. Petit restaurant coquet avant, gros orage, j’adore Montparnasse et ses lumières quand une pluie si violente me protège devant une assiette de saumon pas cuit avec mon amoureux. Voilà qu’ensuite nous entrons dans le cinéma, je me sentais impatiente. Je me suis callée dans mon gros fauteuil rouge, tu as fait comme moi lecteur.
Et tu t’es retourné une fois, deux fois. T’as mangé un ongle. T’as attendu, tu t’es dit ça va venir. Allez, ça va venir. Elle va jouer, elle va peut-être finir par jouer. Tu pensais retrouver l’émotion du bouquin. Tu trouvais Daniel par trop mal en son genre.
Je ne sais pas si j’ai trouvé le film
mauvais parce qu’il l’était ou bien parce qu’il est infidèle aux émotions du livre. Pour retranscrire un dialogue, il retranscrit un dialogue. Ça cause, ça pleure, ça cause, ça tente et ça baisse
les bras. On y était.
Mais il manquait quelque chose.
Les pop Corn.
Et si une plume devait rester une plume ? Piquons l’idée mais ne piquons pas le cœur de
l’histoire, les mots qui embellissaient les scènes, qui nous précipitaient page suivante.
Alors dommage. C’est dommage.
Je l’aimais bien le livre.
Brune